Je suis perdue, à la recherche d’une définition, d’une boîte pour me ranger.

J’ai peur de ne pas m’ancrer, l’angoisse m’étreint.

Je viens de mille lieux creux, de mille vides solitaires.

On m’appelle peu, je m’efface, je ne suis pas là.

Aujourd’hui, j’ai senti l’air plus fort. Un vent qui, lui, venait de quelque part.

Demain peut-être, je remonterai sa trace, je fixerai mes pas sur une origine.

Peut-être, ce nouvel ancrage mettra fin à l’étouffement et au silence.

Je suis en quête de mots, d’une parole pour respirer et exister.


Si c’était une histoire, il faudrait commencer par là. Par une nuit froide, mais pleine de couvertures et d’édredons, de plaids et d’une montagne de ces choses douces et chaudes. Une petite fille se cache ; joue à se cacher. Cette nuit, un homme doit venir. Il est très attendu. Son arrivée a été soigneusement préparée. Rien ne manque, la clémentine a même déjà perdu son manteau pour faciliter la tâche du voyageur. Un verre de vin a été déposé juste à côté parce qu’on vous a fait comprendre que le lait ne serait peut-être pas suffisant. Dehors la nature s’est recouverte de blanc.

Elle, la petite fille, ne sait pas encore que c’est la dernière nuit. Celle de la fin des rêves et du début de ce qui lui fait peur. Elle ne s’imagine pas que demain son monde n’aura plus jamais la même saveur.  Il ne pourra plus avoir le même gout parce que ce n’est pas la même langue, la même bouche qui le déchireront. L’innocence sera perdue et le mensonge inventé. Cette tentation terrible, cet instrument des adultes que la petite âme va s’approprier. Il va devenir son refuge, son barrage contre cet univers qui ne la voit pas, qui ne veut pas l’entendre. Cette dimension où elle n’est que spectatrice, qu’elle ose à peine toucher du doigt, comme si elle avait peur de tout briser. Elle se rappellera cette nuit où le charme s’est rompu, où le mensonge anodin lui a renvoyé un monde affreux et triste. Un endroit terrifiant où elle n’arrive toujours pas à vivre. Cette peine à être au monde est indéfinissable. Ce serait ce que les Allemands appellent : « Schwellenangst ». Cette peur de s’embraquer dans quelque chose d’inconnu, d’ouvrir une nouvelle porte. Finalement, ce sont toujours les mots qui nous manquent.

3 thoughts on “Schwellenangst”

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