Dans la forêt des lilas

Auteur : Nathalie Ferlut

Dessinatrice : Tamia Baudoin

Editions : Delcourt

Un couverture enchanteresse pour un voyage féerique dans les recoins cachés de l’enfance et des rêves…

 Etes-vous prêt à suivre Minon, la biche et les luciolétoiles au cœur des songes hantés de la Comtesse qui a malheureusement dû grandir ?

La quatrième de couverture :

Peut-on, sans les détruire, demander à des rêves d’enfant de répondre aux questions que la vie pose aux adultes ?

Ni encore petite fille, ni vraiment femme, Comtesse habite un petit cottage isolé, quelque part dans la campagne londonienne. Une nuit, pour échapper à l’étrange maladie qui l’envahit, elle retrouve le rêve du monde poétique où elle se réfugiait, enfant. Elle veut retrouver Minon, le prince-chat et Biche, la fée ? Mais avec l’œuvre du temps, ce pays est devenu sombre et inquiétant, dévasté par une créature avide de peur et de sang. Comtesse veut comprendre ce qui est arrivé, mais elle aussi a changé.

La question posée en quatrième de couverture expose bien la problématique de cette bande dessinée. Notre héroïne est démunie face à ce mal qui la ronge et dont personne ne veut lui parler. Chacun évite le sujet et la préserve, lui ment, comme si elle n’était encore qu’une enfant. C’est pourquoi elle va reprendre le chemin qui mène dans la forêt des lilas et chercher des réponses auprès des amis d’enfance dont elle peuplait ses rêves. Malheureusement, comme le monde décevant et cruel dans lequel elle vit, l’onirisme merveilleux de sa forêt intérieure est lui aussi devenu sombre et dangereux. Un créature aux ailes de vautour, une sorte de harpie, dévore les êtres dorées, innocents qui habitent les arbres. La biche a disparu, Minon survit comme il peut. Peut importe où on se place, on ne peut pas échapper à la dure vérité et en l’occurrence, ici à la maladie. Ce chemin d’acceptation est très bien rendu par le voyage entre les deux univers qu’opère Faith.

Cette dimension de l’histoire m’a beaucoup plu. La quête de sens est bien menée et on est intrigué par le tournure que prennent les choses et les correspondances qu’elles ont dans le monde du rêve. En revanche, j’ai eu plus de mal avec la romance qui est proposée en parallèle. Selon moi, elle apporte de la lourdeur et est assez peu crédible. On ne comprend pas bien ce que ça vient faire là. L’auteur a du vouloir rendre le personnage de Verity (la sœur aînée de Faith qui veut se débarrasser de la maison familiale) moins égoïste, mais je trouve que le récit perd de la force à cause ce revirement.

Au-delà du récit, ce sont les graphismes époustouflants qui font de cette bande-dessinée un incontournable. Les couleurs , la finesse des traits, les grandes cases offrent un vrai plaisir de lecture. Si ce n’était que pour les dessins, l’ouvrage vaudrait quand même le coup de s’y attarder. Je crois même qu’en fait pour moi l’histoire est secondaire ici. Les détails sont très travaillés et regorgent de bonnes idées, qui rendent cet univers poétique foisonnant et merveilleux. Chaque planche est un régal et on prend le temps de repérer les carpes dorées qui flottent dans les airs, et les étoiles personnifiées, qui telles de petites fées, accompagnent l’héroïne. Minon et la biche sont vêtus comme des princes et princesse d’un autre temps. Tout est prétexte à régaler les yeux, ou les effrayer suivant les chemins qu’on emprunte dans le labyrinthe de la forêt. J’ai aussi beaucoup aimé que la maladie de Faith soit figurée par ces fleurs rouges qu’elle sème derrière elle. La référence au nénuphar de Vian montre bien la volonté de créer un monde ou le réel et l’imaginaire n’ont pas de frontière. La mort y reste inévitable mais devient très belle, très douce.

Un très bel ouvrage, qui même s’il n’emporte pas complètement votre cœur, saura ravir vos yeux.
L'avis du mouton curieux:
4/5

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