Auteur : San Antonio

Editions : Fleuve noir

Je ne suis pas du tout polar mais je ne dis pas non de temps en temps à un petit San Antonio. J’aime que, dès les premières lignes, mon cerveau soit mis en ébullition, happé par cette langue affûtée, crue, violente, vulgaire et poétique à la fois. C’est presque comme un nouveau langage et il vous faut quelques pages pour vous y faire, pour en comprendre les nuances et les nombreux clins d’œil.  Peu à peu, on a l’impression d’entendre l’inspecteur San Antonio hurler dans nos oreilles contre le personnel incompétent et les témoins récalcitrants. Les personnages prennent alors forme et vie. On sent la fumée et la douceur des peaux rebondies des « petites souris » qui passent sous sa main. Cette façon de qualifier les femmes, je l’ai retrouvée chez Boris Vian. Ce sont tous les deux des joueurs et des poètes quand il s’agit d’assaisonner le français. On retrouve aussi ce même respect fasciné et tendre pour la gente féminine.

Trêve de bavardages, voici dans quel bourbier le lecteur est invité à mettre les pieds. On commence peinard chez l’oncle Gustave avec une partie pêche dont la prise ne sera pas piquée des hannetons : Un corps !

« si l’on n’est pas sûr de rapporter du poiscaille, on est au moins certain de ramener une bonne cuite. »

Les vacances finies, le retour à Paris ne se fait pas en douceur. San Antonio se voit confier une troublante enquête qui concerne des vols de documents secrets. A partir de là les coïncidences et les cadavres ne vont cesser de s’accumuler. Heureusement, notre commissaire peut compter sur l’aide de ses fidèles adjoints  et de Félicie, sa maman pour parer l’avalanche de morts qui creuse les liens entre la capitale et Lyon.

On lit cette aventure avec plaisir et impatience. Ce n’est pas le thriller du siècle mais une sorte de madeleine de Dard qui se déguste. Les adresses de l’auteur sont toujours aussi plaisantes qu’inattendues. La verve du commissaire nous entourloupe pour mieux nous surprendre. Je vous laisse donc avec la prose de ce dernier :

« Je descends au poste de garde et je demande après Bérurier. On me répond qu’il va revenir. En effet, il sort des gogues, la braguette ouverte comme les portes d’un stade un dimanche après-midi, les bretelles battant ses talons, un journal à la main. L’image de la vie animale dans toute sa déprimante cruauté. »

8/10

One thought on “Deuil Express”

  1. ha Frédéric DARD quel talent d’écriture ,le Michel Audiard du polar
    il disait de ses policiers que c’étaient des roman de gare et qu’il terminaient au « cagoinsse  »

    bravo

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