Auteur : Joe Hill

Dessinateur : Gabriel Rodriguez

Editions : Hi comics

J’ai longtemps hésité avant de me lancer dans la lecture de Locke and Keys. Les critiques étaient élogieuses et les références à l’univers de Lovecraft avaient attiré ma curiosité. Cependant, l’aspect horreur mentionné plusieurs fois me posait souci. J’avais aussi été feuilleter les comics et j’avoue que les graphismes ne me plaisaient pas. Je trouvais les personnages très laids et je n’étais pas sûre de pouvoir m’attacher à eux. Afin de mettre un terme à ce terrible dilemme, j’ai décidé de me forger un avis en empruntant le premier tome, et bien m’en a pris !

Résumé de l’éditeur
Keyhouse : un étrange manoir de la Nouvelle-Angleterre. Un manoir hanté, dont les portes peuvent transformer ceux qui osent les franchir. Après le meurtre brutal de leur père, Tyler, Bode et Kinsey découvrent leur nouvelle demeure, croyant y trouver le refuge dont ils ont besoin pour panser leurs plaies. Mais une ténébreuse créature les y attend pour ouvrir la plus terrifiante de toutes les portes.

Joe Hill n’y va pas par quatre chemins et les premières pages donnent tout de suite le ton et la teneur de ce qui va suivre. On découvre la famille Locke à travers le drame qui les touche et qui va lancer l’histoire dans la tourmente. La mise en page et l’écriture servent le suspense. En effet, le récit de la mort du père est entrecoupé par des Flash-back. On fait aussi plusieurs bonds en avant pour se retrouver au moment des obsèques. Ces trois temporalités se renvoient l’horreur en miroir et permettent de bien présenter les personnages principaux et notamment les trois enfants : Tyler, Kinsey et Bode. La vision du drame par chacun permet de mieux appréhender l’état d’esprit dans lequel ils se trouvent par la suite.

Tyler
Kinsey
Bode

Après le tragique événement (lors duquel Tyler a presque tué Sam Lesser, le meurtrier de son père !), toute la famille déménage à Lovecraft pour essayer de faire son deuil. Ils s’installent dans la maison d’enfance du père, demeure qui dès le début semble cacher d’étranges secrets. Et bien vite, le fantastique va faire son apparition. Voulant échapper à ses cauchemars, le plus jeune de la fratrie, Bode erre dans la maison et va tomber sur une étrange porte aux propriétés pour le moins effrayantes… La naïveté de l’enfant va le protéger de la peur et il va pousser plus loin ses découvertes en finissant par faire la connaissance d’une étrange créature dans le puits. En parallèle, la peur s’installe aussi à travers la menace de l’approche de Sam Lesser, qui s’est échappé de prison et qui compte bien arriver à ses fins… Les instruments de l’angoisse sont en place et il ne reste plus qu’à se ronger joyeusement les ongles pour tout ce qui va suivre.

Joe Hill est un vrai maître du thriller, il sait ménager la panique, le mystère et installer des personnages intrigants. L’ensemble est une réussite.  Tous les protagonistes sont bien pensés et profonds. Notamment le méchant : Sam Lesser. Il est proprement terrifiant et atroce. En cela le dessin de Gabriel Rodriguez, qui m’avait dérangée au premier abord, sert tout à fait le propos. Les traits à couper au couteau et l’aspect bancal, presque difforme dressent un portrait terrible de monstre. Ce qui rend aussi ce personnage effrayant, c’est sa détermination sans faille, il est prêt à tuer tout ceux qui se mettent sur son chemin. On comprend peu à peu ce qui le motive grâce aux indices disséminés par l’auteur. Mais même si Joe Hill met sur pied sur un meurtrier terrible, il nous montre aussi  que la société autour est bien pire. La famille, les mauvaises rencontres, la misère… Tout cela n’excuse pas l’attitude de Sam mais nous la fait comprendre. Il est à la limite de la folie, ce qui le rend imprévisible et donc encore plus pétrifiant. Je n’en dis pas plus pour vous laisser découvrir l’histoire par vous-même, mais les objectifs de Sam se mêlent à l’intrigue qui pèse sur la maison et puis finalement aux découvertes de Bode. Chaque détail apporte une information qui attise la curiosité. Je pense notamment à la photo que Kinsey récupère à l’école auprès du coach. Tous les fils narratifs s’entrecroisent pour faire avancer l’intrigue. C’est brillamment maîtrisé.

Pour revenir sur les personnages principaux, ce qui m’a beaucoup plus c’est que les trois enfants ont chacun une personnalité bien marquée et donc une manière différente de gérer leur deuil. De manière originale et efficace, le scénariste nous donne à voir et à comprendre ce qui se passe en eux. Par exemple, on voit régulièrement Tyler se regarder dans l’eau et à chaque fois le reflet qu’il perçoit nous informe sur son état d’esprit. On comprend alors la culpabilité écrasante que ressent Tyler qui se pense responsable de la mort de son père. Il n’était pas en bon terme avec lui et a eu des mots malheureux qui le hante. 

Joe Hill
Tyler:

J’en ai marre de ce que je suis. De ce que je fais. J’en ai marre mais je n’ose imaginer ce que deviendrait Bode sans moi. C’est juste… c’est si dur sans toi, papa. Je n’ai jamais voulu que tu meures. Jamais. Quoi que j’ai dit à Sam.

Sans le dire explicitement, Joe Hill nous fait comprendre à quel point le jeune adolescent voudrait revenir en arrière (Je pense notamment au chapeau de pèche qu’il se met à porter à nouveau).De son côté Kinsey ne cesse de revivre la scène dans laquelle elle sauve son petit frère. Il va lui falloir un long cheminement pour retrouver qui elle est, comme le laisse deviner ses changements capillaires. Pour Bode, sa jeunesse peut le faire apparaître comme insouciant, mais ses affreux cauchemars nous rappelle la triste réalité.

Chaque page en appelle une autre et la fin de ce premier tome nous laisse craindre le pire pour ces personnages qui nous ont déjà convaincu. Il me tarde d’ouvrir la porte du tome 2 pour découvrir tout les mystère de Keyhouse et trouver les clefs de tous ces secrets. Entrez vite à Lovecraft, même à vos risques et périls.

L'avis du mouton très curieux :
5/5

One thought on “Locke and Key- Tome 1- Bienvenue à Lovecraft”

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