Je remercie chaleureusement Babelio de m’avoir donné l’occasion de découvrir cette pépite incongrue vers laquelle je ne me serais pas tournée d’ordinaire. La cage aux cons est une bande-dessinée inspirée du roman de Franz Bartelt : Le jardin du bossu. Je ne connaissais pas ce texte et j’ai donc découvert l’histoire sans apriori.

Titre: La cage aux cons

Auteur et dessinateur : Robin Recht et Mathieu Angotti

Editions : Delcourt

Nous faisons la rencontre de notre sympathique narrateur, qui relègue une peu de côté ses grandes idées socialistes pour plaire à sa douce Karine. Karine, elle aime les « patates », l’argent, le flouze. Et notre personnage et bien, il aime Karine et ce qu’elle lui fait quand il ramène de gros billets, alors ses idéaux…

 

Un soir au bar, en quête des fameuses patates, il rencontre le parfait crétin, un vrai con à qui il va pouvoir soutirer facilement son paquet de fric. Il suit le petit homme ivre jusqu’à sa grande maison, il attend et s’introduit sans difficulté dans la demeure. Seulement voilà, une fois pactole dans le sac, il s’avère que le con n’est pas aussi idiot que prévu : il a bien décuvé et tient une arme à la main. Notre acolyte se retrouve pris au piège avec son sac de patates, des cadavres à la cave et un hôte bienveillant mais inquiétant. Comment va-t-il se sortir de ce merdier ?

J’ai dévoré cette bande dessinée ! L’intrigue est prenante et les rebondissements très efficaces. Les personnages sont admirablement bien brossés. On se prend d’amitié pour ce gauchiste doux, poète et fauve tapi dans l’ombre. Le machiavélique kidnappeur est lui aussi passionnant avec son look de dandy et sa politesse infaillible alors qu’il verse du côté du mal. Au début on ne sait pas trop de quel côté se ranger entre le séquestreur et le séquestré, qui s’entendent d’ailleurs sur les alexandrins et les vertus du télé-achat.

J’ai aimé le principe de narration interne qui fait qu’ on se sent très proche du personnage principal. On perçoit la beauté et la poésie de cet homme qui peut faire très rustre en apparence. On suit avec plaisir ses plans et raisonnements pour déjouer les pièges du con. Ses espoirs graveleux avec Karine et ses critiques avisées des vendeurs de télé-achat sont un délice à lire. C’est une gouaille maîtrisée qui fait toujours mouche. Cela me permet d’en venir aux dialogues et à l’écriture qui sont, tout au long de l’œuvre, un régal aux petits oignons. On y retrouve la mélodie des textes d’Audiard. J’ai apprécié aussi le clin d’œil à Lino Ventura, en inspecteur désabusé, à la fin de la bande dessinée.

L’intrigue est rondement menée. Les situations dans lesquelles se retrouve notre personnage sont cocasses mais en même temps tout à fait vraisemblables. On est dans le polar noir, comme le laissait entendre la couverture, qui en reprend les codes. Le noir et blanc de l’intérieur m’a fait penser à l’esthétique de Tardi avec une ambiance un peu retro. Les planches sont magnifiques avec les jeux de profondeurs entre gras du crayon et esquisses du brouillard.  Pendant toute ma lecture, j’ai eu la petite musique de Maigret dans la tête, qui me plongeait dans cette ambiance d’enquête sous la pluie aux relents de cigares et de mystères. En revanche, J’ai été surprise mais peu convaincue par la fin que j’ai trouvée trop abrupte et en même temps trop sophistiquée. Je ne sais pas si dans le roman on trouve cette même résolution.

Je vous conseille donc la lecture de ce polar dessiné, à la fois drôle et sombre, cruel et poétique, mordant (attention au cougar !) et tendre à la fois.

L'avis de ce con de mouton :
5/5

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